10 légendes urbaines...ou alimentaires

Par Hélène Laurendeau Mis en ligne le 24 février 2012 5 stars (13)
10 légendes urbaines...ou alimentaires

Rumeurs, mythes, histoires de grand-mère, on a analysé 10 croyances ali­mentaires qui circulent depuis au moins 10 ans dans les conversations et sur Internet. Et malgré tout ce que vous avez pu entendre, elles sont toutes fausses. En voici les preuves.

1. Le vinaigre de cidre aide à maigrir
Certains fabricants, artisanaux ou non, affirment que leur vinaigre de cidre aide à détruire l’excès de graisse dans les cellules et favorise une perte de poids progressive, avec ou sans régime, à raison de quelques cuillères à soupe par jour. Il faut savoir qu’aucun aliment acide (vinaigre, pamplemousse, jus de citron ou autre) ne peut faire « fondre la graisse ». Seule l’activité physique aide à brûler les calories et à éviter que le surplus soit stocké sous forme de graisse. Avaler du vinaigre pur, non dilué, peut aussi endommager l’émail des dents, irriter la gorge et, à plus long terme, entraîner une baisse de potassium et de densité osseuse. Le vinaigre de cidre est délicieux en salade ou pour déglacer un filet de porc. Mais pour perdre du poids, il n’y a pas de miracle : il faut dépenser plus de calories que celles qui sont ingérées.

2. Manger le soir fait engraisser
Peu importe l’heure du jour ou de la nuit, un aliment ne sera pas assimilé plus lentement ou plus rapidement. En soirée, plusieurs personnes ont l’habitude de grignoter et de boire (autre chose que de l’eau) devant la télévision ou l’ordinateur, sans avoir nécessairement faim. Dans ce cas, ces calories s’ajoutent à celles prises durant la journée et peuvent à terme contribuer à une prise de poids.

3. Il faut éviter de manger des fruits aux repas
Cette théorie datant de plus de 60 ans est désuète. Non, il n’est pas nécessaire de manger un fruit à jeun, 30 minutes avant ou après un repas sous prétexte qu’il fermentera dans l’estomac en présence d’autres aliments. Aucune donnée scientifique fiable ne permet de conclure que l’activité des enzymes de groupes d’aliments spécifiques déclenche des problèmes digestifs pouvant entraîner une prise de poids.

En réalité, le corps produit une foule d’enzymes digestives très bien orchestrées et capables de digérer plusieurs aliments en même temps. Les fruits combinés à d’autres aliments au même repas procurent au contraire des bénéfices. Par exemple, la vitamine C de nombreux fruits (agrumes, fraise, kiwi, cantaloup, etc.) aide à l’absorption du fer contenu dans les végétaux comme les légumineuses, les noix et les produits céréaliers. Sans compter que les tomates, aubergines et poivrons consommés comme légumes aux repas sont en réalité… des fruits !

Complexe inutilement, l’approche de dissociation des aliments peut non seulement conduire à des carences nutritionnelles, mais elle peut aussi, étonnamment, amener une baisse de consommation de fruits… par omission, tout simplement ! Inquiétant, quand on sait que la moitié des adultes québécois ne mangent pas le minimum recommandé de 7 à 8 portions de fruits et légumes par jour, y compris les jus.

4. Le fromage constipe
Aucun aliment en particulier ne cause la constipation. Ni le fromage, ni le riz, ni la banane ! Ce problème est souvent provoqué par des facteurs liés au mode de vie : sédentarité, stress, grossesse, changement d’horaires, voyages... Certains médicaments (dont l’abus de laxatifs) et troubles de santé peuvent aussi entraîner la constipation. Mais les trois raisons les plus fréquentes demeurent une alimentation pauvre en fibres, une hydratation insuffisante et un manque d’activité physique.

5. Il ne faut pas avaler une gomme sinon elle va coller dans l’estomac
Eh oui, c’est un mythe même si tous les parents ont déjà tenté de convaincre leurs enfants avec cet argument ! Il est vrai que la gomme de base (autrefois du chicle obtenu par ébullition du latex des fruits et du tronc du sapotier) est composée de différentes substances qui lui confèrent son élasticité et la rendent insoluble dans la salive. Mais une boule de gomme avalée ne reste pas dans l’estomac : grâce au mouvement péristaltique, elle poursuit son chemin dans le tube digestif et finit par être excrétée, tout comme d’autres substances non digestibles telles les fibres des végétaux.

 

 

 

6. Quand on a le rhume, il faut éliminer le lait, car il augmente les sécrétions
La consommation de lait n’entraîne pas d’augmentation de production du mucus. Il faut savoir que le corps humain produit chaque jour de 1 à 1,5 litre de mucus pour lubrifier les tissus du nez, des sinus, de la gorge, des poumons, des intestins, etc. Sa viscosité permet de capter la poussière et autres indésirables. Le mucus renferme aussi de précieux anticorps pour aider à lutter contre les bactéries et les virus qui attaquent les systèmes respiratoire et digestif.

Plusieurs personnes confondent l’effet temporaire du lait sur la langue et la salive avec la production de mucus. Pour le démontrer, une étude a comparé le lait de vache et une boisson de soya, les deux procurant des sensations buccales semblables. Ceux qui croyaient que le lait augmente la production de mucus ont rapporté des effets similaires avec les deux boissons, ce qui porte à croire que c’est la texture de la boisson et non le lait de vache comme tel qui expliquerait ce phénomène.

7. Les légumes surgelés sont moins nutritifs que les légumes frais
S’ils sont récoltés à maturité et surgelés rapidement, soit dans les heures suivant leur cueillette, ce qui est habituellement le cas, les légumes surgelés auront préservé une excellente valeur nutritive. Hors saison, ils sont parfois supérieurs à certains légumes frais importés, transportés et entreposés plusieurs jours avant d’être offerts aux consommateurs. Il en est de même pour les fruits. Très pratiques et à portée de main dans le congélateur, les légumes et les fruits surgelés n’attendent qu’une chose : prendre le chemin de votre assiette.

8. Un adulte doit boire 8 verres d’eau par jour
On entend souvent dire qu’il est important de s’hydrater en buvant 6 à 8 verres d’eau par jour. Il faudrait plutôt dire : 6 à 8 verres de liquide par jour. Chaque verre équivaut à 250 ml ou 1 tasse. Cette recommandation vaut pour l’eau, mais inclut aussi le thé, le café, les jus de fruits et de légumes, le lait, les boissons de toutes sortes, les soupes et les bouillons : l’idée, c’est de varier les consommations. Par temps chaud et humide ou lorsqu’on transpire beaucoup, il faut s’hydrater davantage. La couleur de l’urine est un bon indice : elle devrait être claire et abondante. Si elle est jaune foncée, vous ne buvez pas assez.

9. Le sucre rend les enfants hyperactifs
Cette croyance fortement enracinée chez de nombreux parents et éducateurs a été démentie par plus d’une douzaine d’études scientifiques reconnues. Les aliments sucrés, comme les bonbons, les biscuits et le chocolat, n’occasionnent pas de troubles de comportement ni d’hyperactivité chez les enfants normaux ou avec un déficit d’attention. Le degré d’excitation d’un enfant peut s’expliquer par d’autres raisons, comme la présence d’invités lors d’une fête, une sortie, un manque de sommeil ou d’encadrement des parents. Il est tout de même préférable pour la santé en général de réserver ces aliments sucrés aux occasions spéciales. Cela dit, une surconsommation d’aliments caféinés (cola, dessert ou barre de chocolat, boisson énergisante) lors d’une fête peut entraîner de l’excitation et d’autres effets secondaires comme des maux de tête, surtout chez les jeunes enfants. Notez que la teneur en caféine de la plupart des boissons énergisantes dépasse les apports maximaux recommandés chez les enfants âgés de 12 ans et moins.

10. Le lait est bourré d’hormones et d’antibiotiques
Au Canada, il est strictement interdit de vendre et d’utiliser des hormones de croissance synthétiques, comme la somatotrophine bovine recombinante (STbr), pour stimuler la production des vaches laitières. Même si cette hormone est jugée sécuritaire aux États-Unis et dans d’autres pays, Santé Canada ne permet pas son utilisation sur le territoire.

Quant aux antibiotiques, toute vache malade traitée avec ces médicaments doit être isolée du troupeau. Avant de pouvoir commercialiser son lait à nouveau, les analyses doivent démontrer qu’il ne contient plus aucune trace de résidus. Un producteur qui ne respecterait pas cette réglementation s’expose à de fortes amendes.

 

 

 

Ne croyez pas n'importe quoi !

Voici 5 questions essentielles à vous poser quand vous lisez ou entendez quelque chose au sujet de la nutrition :

1. Trop beau pour être vrai ?
Si les promesses semblent trop belles pour être vraies, elles le sont probablement. Certaines allégations reposent sur des études non révisées par des pairs, ni publiées dans des revues scientifiques dignes de ce nom.

2. On vous promet un traitement instantané ?
Un mystérieux jus exotique, une cure détox unique… Les promesses miraculeuses sont très séduisantes, mais mieux vaut ne pas succomber à leur charme, car elles sont souvent exagérées et peuvent être risquées à long terme.

3. Devez-vous acheter des produits spéciaux ?
L’industrie des produits et suppléments alimentaires étant très lucrative, il vaut mieux se méfier des approches où vous devez absolument acheter des produits spéciaux.

4. La recommandation repose-t-elle sur des témoignages personnels ?
Un témoignage est bien différent d’une étude menée auprès de plusieurs sujets. Aussi, le fait qu’une personne se sente mieux après avoir pris un aliment ou suivi un régime ne signifie pas forcément que cela fonctionne pour tout le monde. Beaucoup d’autres facteurs peuvent être en cause.

5. Les conseils vont-ils à l’encontre de ceux des grands organismes de santé ?
Méfiez-vous de tels conseils, car, pour être valables, ils doivent avoir des fondements scientifiques. Les
suggestions alimentaires basées sur les groupes sanguins ou les combinaisons alimentaires sont deux exemples d’approches non reconnues scientifiquement.




 

Hélène Laurendeau

Hélène Laurendeau

Passionnée d’alimentation, de santé et de voyages gourmands, Hélène adore partager ses trouvailles avec le grand public. Diplômée en nutrition (Université de Montréal) et en épidémiologie (McGill), elle est active dans les médias depuis plus de 25 ans. À la télévision, elle fait équipe avec Ricardo depuis 2005 pour vulgariser ses connaissances avec la bonne humeur qu’on lui connaît. À la radio, Hélène collabore aussi chaque jeudi à l’émission Bien dans son assiette (Ici Radio-Canada Première). On peut également la lire dans le magazine Ricardo. Pour suivre Hélène sur les réseaux sociaux :
Twitter : @Hlne_Laurendeau
Facebook : Hélène Laurendeau Nutritionniste

Commentaires

  1. Bravo et merci pour les infos .

  2. Enfin quelqu'un à pris le temps de faire du ménage dans ma tête merci !

  3. Bien écrit et intéressant. Je serais juste curieuse d'avoir vos commentaire face aux produits laitiers avec ce qui est documenté dans le documentaire "forks over knives"? Mon pédiatre m'a même suggérer de diminuer les produits animaliers parce que mon fils fait des otites chronique et en est à sa deuxième paire de tubes...

  4. Je suis nouvellement membre et voilà que je découvre votre rubrique. Alors là, je suis accro. Merci! ;)

  5. Moi, Hélène Laurendeau, je l'aime ! Elle est vivante, intéressante, pas plate, pas stricte. Elle sait faire la part des choses au niveau nutrition et elle ne laisse jamais le plaisir de côté. Elle ne dit pas n'importe quoi et ses interventions sont toujours très instructives. Tourlou!

  6. Intéressant et amusant: les mythes sont tenaces. Lavande

  7. Madame Laurendeau, merci de nous aider à mieux comprendre Bravo

  8. Très bon article

  9. vous me rassurer vraiment

  10. Article très intéressant! Merci :)

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